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ET
SA SIGNIFICATION SYMBOLIQUE
La prsentation des fleurs en bouquets ou bouquets montes possdait une puissante force magique et symbolique. Ce thme a t voqu par le matre auquel sont offerts en hommage, les prsents hommages. 1
L’apport du bouquet est frquemment illustr dans les, scnes d’offrande des, grands temples du Nouvel Empire et des poques tardives de mme que dans les dcorations murales des tombes thbains. Bien avant que les scnes en question aient pris une place dans le dcor des temples et des tombeaux, les fleurs en gypte avaient depuis l’origine entran de multiples associations d’ides 2. Si nous examinons ces bouquets prsents en offrande aux divinits, aux rois et souvent aussi aux morts, nous constatons qu’ils sont composs de lotus et de papyrus, ainsi que de diverses autres fleurs et mme de fruits 3. En d’autres termes, chaque fleur dont le bouquet tait compos avait une valeur religieuse et symbolique. C’est ainsi qu’on offrait le papyrus Hathor, le lotus Nefertem (et d’autres dieux solaires) 4. Quant aux divinits reprsentes dans les tom-bes, et pour lesquelles des bouquets sont galement prsents, elles sont en principe funraires; mais on trouve aussi Ptah),. Horus, Isis et Amon-Min. 5. Ceux qui sont reprsents dans les temples ont tous soit une relation avec le soleil soit un rle dans la cration. Nous allons rflchir sur le sens et la porte de l’action rituelle consistant offrir le bouquet dans chaque domaine’: funraire, divin ou royal.
Dans le domaine funraire, le bouquet voque un don ou un espoir de vie; ainsi les bouquets et les couronnes vgtales qu’on trouve sur les momies expriment des promesse de vie 6. Cette ide est conforme la symbolique du lotus primordial, au soleil, essence de toute vie, et l’ternel retour du jour. Puisqu’il s’agit d’une offrande vgtale, il n’est pas improbable qu’elle soit lie galement au symbolisme issu du mythe de la rsurrection d’Osiris et l’vnement cyclique de vie et de mort.
Le lotus est le symbole de la vie renaissante; dans le chapitre 81 du Livre des Morts comme l’a not M.L. Ryhiner 7, le dfunt se rgnre au moyen du lotus. Prsente des dieux de caractre solaire (ou bien lie; la naissance du soleil), l’offrande du lotus restitue au soleil la matrice dans laquelle il retrouve sa jeunesse. Dans le domaine divin, le mdiateur entre le monde des vivants et l’univers des dieux est essentiellement le roi. Avec son offrande, le roi fait appel aux forces multiples des dieux que ceux-ci transforment en substance relle, ils transmettent leur brillant clat au roi, ce qui le fait vivre et rajeunir sans cesse 8.
Le rle du papyrus est plus difficile dterminer. Toutefois, on a pu recenser quelques pithtes de cette plante qui est le papyrus de la vie , le sige de Chou et de Tefnout . Elle assure la croissance de la vgtation et la rgnration, elle conquiert la terre et droute l’ennemi 9. L’association du papyrus et de la figure d’Hathor exigeait l’emploi de cette plante dans les scnes d’offrande dans les tombes. Selon Jquier 10, le rle du papyrus tait d’introduire les dfunts auprs de la desse qui doit leur assurer bon accueil et les patronner dans l’autre monde. Il servait en quelque sorte de lettre d’introduction auprs des forces de l’au-del. Le papyrus est donc un symbole de protection magique associ au fourr mythique de Chemmis, o la naissance d’Horus et son rveil ont eu lieu.
Un simple rameau se substitue parfois au bouquet; d’autre part, une branche d’arbre jsd intervient dans la constitution de bouquets dans le rituel de l’embaumement qui devait rendre le mort triomphant comme Osiris 11.
Le jour des funrailles est appel parfois hrw schc bwt le jour pour dresser les bouquets ; en fait, le bouquet reprsente voire remplace la personne disparue, comme l’a remarqu Brovarski 12 propos d’une scne dans la tombe de Khaemhat qui reprsente un prtre officiant devant une chaise vide o s’entassent des bouquets tenant lieu de figure du dfunt.
L’existence de rapports entre les bouquets et la justification est indniable. La justification tait souvent symbolise par des fleurs tresses en couronnes et en guirlandes qui jouaient un rle analogue celui des bouquets monts 13. Ce symbolisme passa dans l’criture selon Spiegelberg 14, le signe
, est identique
; il remplace ce dernier surtout en rfrence la couronne de la justification m3 h n m3c – h rw. Selon Derchan, la couronne vgtale symbolise la nouvelle qualit de celui qui a subi victorieusement l’preuve du jugement 15.
Dans le domaine royal, il parat certain que l’apport du bouquet mont avait une symbolique trs affirme. Une offrande des bouquets sacrs ch.w garanti au roi des promesses de triomphe et de soumission des ennemis. Au petit temple d’Abou Simbel, le roi est vtu, au cours du rituel d’offrande du bouquet, du pagne archaque qu’il ne porte au temple que pour l’extermination symbolique de l’ennemi 16. Dans le rituel d’Amenhotep, l’on voque la destruction des ennemis lors de la prsentation des bouquets sacrs 17.
Aprs avoir t prsent au dieu, le bouquet sacr pouvait tre ensuite affect des offrandes secondaires, telles que celle destine au roi accdant au trne le jour de son couronnement. On rservait des bouquets analogues pour commmorer une fte sed 18.
La prsentation des bouquets trouve sa place aussi dans le crmonial de rception du roi en vainqueur. Il est possible aussi que les bouquets de triomphe, comme il a t suggr par Derchain 19, aient servi de symbole exprimant une promesse de rgne ternel. Il semble bien que l’usage cultuel des bouquets corresponde en matire d’architecture religieuse celui des colonnes chapiteaux floraux; ce sont des symboles d’ternit 20.
Avant de conclure, il faut noter que certaines analogies existent entre quelques passages des textes d’offrandes de fleurs de lotus et les hymnes solaires 21. Or, le service de couronnement a t emprunt au symbolisme d’une journe du soleil. Trois phases se succdent; le soleil du matin, le soleil du midi et le soleil du soir, et chaque phase correspond un rite matriel qui soutient un long hymne. C’est pour la dernire phase du soleil visible, l’astre du soir, que quatre conscrations successives de bouquets doivent tre accomplies 22.
Enfin, il nous semble utile de noter que, malgr l’usage ds bouquets dans le domaine funraire, il ne s’agit pas, notre avis d’un rite d’origine funraire, bien qu’on puisse le supposer partir de plusieurs indices z3 mais d’un rite issu de mythes.
ABRVIATIONS
AJSL American Journal of Semitic Languages and Literatures, Chicago.
BIFAO Bulletin de l’Institut franais d’archologie orientale, Le Caire.
CdE Chronique d’gypte, Bruxelles.
JEA Journal of Egyptian Archaeology, London.
MDAIK Mitteilungen des Deutschen Archologischen Instituts, Abteilung Kairo.
1. J. Leclant, La Mascarade des boeufs gras et le triomphe de l’gypte ,MDAIK 14, 1956, p. 132, n. 3.
2. H. Grapow, Die bildlichen Ausdrcke des Aegyptischen, Leipzig, 1924, p. 102.
3. G. Jquier, Considrations sur les religions gyptiennes, Neuchtel, 1946, p. 229 sqq.; id., BIFAO 19, 1922, p. 134 sq. ; L. Keimer, Egyptian Formal Bouquets , AJSL XLI 8, April 1925, p. 145 sqq.
4. E. Brunner, Traut, L I, col. 838.
5. J, Dittmar, Blumen und Blumenstrasse als Opfergabe im Alten gypten, Mnchen, 1986, p. 72 sq.
6. P. Derchain, La Couronne de la justification, essai d’analyse d’un rite ptolmaque , CdE 60, 1955, p. 225, n. 1, p. 229 sq.
7. M.-L. RYHINER, L’Offrande du lotus dans les temples gyptiens de l’poque tardive, Rites gyptiens VI, Bruxelles, 1986, p. 219 sq.
8. Ibid., p. 176 sq., 195, 221.
9. DITTMAR, op. cit., p. 136, 142.
10. JQUIER, OP. cit., p. 231.
11. DERCHAIN, La Visite de Vespasien au Srapeum d’Alexandrie , CdE 56, 1953, p. 272, n. 3.
12. E. Brovarski, An Allegory of death , JEA 63, 1977, p. 178.
13. Derchain, CdE 56, 1953, p. 271.
14. W. Spiegelberg, RecTrav 26, 1904, p. 49.
15. Derchain, CdE 60, 1955, p- 231 sq.
16. Chr. Desroches-Noblecourt, Le Petit Temple d’Abu Simbel, Le Caire, 1968, p. 74 sq.
17. Derchain. CdE 56. 1953, p. 273, n. 2.
18. Descroches-Noblecourt, op. cit.
19. Derchain, CdE 56, 1953, p. 268, 273.
20. M. Alliot, Le Culte d’Horus Edfou au temps des Ptolmes, Le Caire, 1954, p. 626.
21. Ryhner, op. cit., p. 220, n. 2.
22. Alliot, op. cit.
23. Voir ici mme, p. 2.
Hommages Jean Leclant, Bae 106/4, 1993, p. 0014304.
Par Doha M. MOSTAFA
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